Les actes de mariages aux XVII et XVIIIème siècles

Les mariages aux XVII et XVIIIème siècles ne se faisaient qu'en dehors de l'Avent et dur Carême, sauf permission spéciale « du chanoine Scholastique de l'Église du Mans », et à condition, comme il est noté dans l'acte du 24 février 1716 « Qu'il n'y ait aucun banquet ni danse ». De là beaucoup d'unions évidemment de banquets et de danse, après le 1er janvier comme après Pâque

 

De même qu'aujourd'hui, tout mariage était précédé de publications de bans, sauf dispense, dans chacune des paroisses des futurs époux, afin de permettre aux personnes qualifiées de faire opposition ou de révéler les empêchements connus d'eux.

 

Si les parents d'un enfant majeur pour le mariage refusaient de donner leur consentement, cet enfant pouvait faire faire ce que le Code civil appelle des sommations respectueuses. Ainsi, comme Mr Charles Cousin, sieur de La Grulière, chirurgien à Lesbois, s'opposait au mariage de son fils Jean-Baptiste avec Suzanne Provost, fille de Etienne Provost, sieur de la Benestière, en son vivant notaire de Saint denis de Gastines et de Renée Bobet, dame de La Demeurantais, Me Urbain-François Le Baron, notaire de Saint Denis adressa à la requête de Jean-Baptiste Cousin « une réquisition » au père récalcitrant, et ce dernier, se rendant compte de l'inutilité de son opposition, finit par donner son consentement dans un acte notarié, dressé le 10 février 1706, cinq jours avant le mariage.

 

L'opposition, si elle n'était fondée que sur des considérations de fortune ou de milieu social pouvait être levée par l'autorité judiciaire ecclésiastique. Ainsi l'opposition faite par Michel Lemonnier au mariage de sa nièce, Jeanne Buin, fille de Me Gabriel Buin notaire et de Marie Lemonnier avec Michel Dupont, dont le père était marchand tissier, fut déclaré non recevable par jugement de l'officialité du 19 novembre 1736 et le mariage fut célébré le 8 janvier suivant.

 

Lorsque les parents des futurs époux ne pouvaient assister à la cérémonie, ils devaient donner leur consentement par acte notarié. Au mariage de Mathurin Fouilleul avec Renée Brochard, célébré le 23 août 1721. L'officiant nota qu'Elisabeth Février, veuve de Jacques Fouilleul et mère du futur époux qui était infirme et passé en demeure devant Mr François Urbain Le Baron. En février 1741, Étienne Lefeuvre, âgé de 26 ans, qui allait épouser Madeleine Gobil, « veuve en dernière noces » dit l'acte de Jean Bedier et qui avait 50 ans, produisit un acte passé le 6 septembre 1740 devant les notaires de la baronnie d'argenton-Château en Poitou, par lequel ses père et mère, qui résidaient en ce pays, lui donnaient « plein pouvoir d'épouser qui bon lui semblerait et en quelque pays que ce puisse être ». « On ne pouvait plus complaisement permettre à un fils de faire une sottise ».

 

 

Les parents d'un futur époux étaient-ils morts tous les deux, le conseil de famille nommait un curateur spécialement pour consentir au mariage, Ainsi fut-il fait pour le mariage de Renée Gallery de La Tremblaie orpheline de père et de mère, avec Michel Duval du Breuil, propriétaire de Rigardon. Le curateur choisi fut Me Barbeu, avocat de Mayenne; mais cet homme de Loi, se trouvant notarié à son confrère de Lozière, avocat à Ernée, de consentir au mariage en son lieu et place, et c'est avec le concours de Lozière que fut célébrée l'union à la date du 08 août 1780, deux jours après la cérémonie des fiançailles en l'église de Mantilly.

 

Si les fiançailles revêtaient parfois, on vient de le voir, un caractère religieux, elles étaient le plus souvent purement civiles et constatées par un contrat de mariage où les parties « promettaient d'épouser en face de notre Mère, la Sainte Église Catholique, apostolique et Romaine, lorsque l'un en serait par l'autre requis, à moins qu'il ne se trouvât empêchement légitime ». Telle était la formule notariale habituelle pour l'engagement « par paroles de futur ». Mais s'opposait à ce que l'on revint par consentement mutuel sur les promesses échangées. Les archives notariales de Saint Denis en fournissent un exemple : le 22 juin 1690, Pierre Leblanc « serviteur domestique » chez Mr Brochard, sieur du Bourg, demeurant aux Brosses, avaient demandé à Mr René Buin, notaire royal de rédiger leur contrat de mariage, bien qu'ils eussent aucun bien, simplement pour que leur engagement fut constaté, comme il était d'usage, par acte authentique.

 

Or, le 10 août suivant, il se présentèrent au même notaire pour déclarer « sur l'avis et conseil de leurs bons amis que, connaissant leurs défauts et ayant peur de ne pouvoir sympathiser et supporter les charges du mariage, ils se départissaient des conditions de leur contrat et de leur promesse et foi de mariage ». Après quoi, Jeanne Pichard remis à Pierre Leblanc les gages qu'il lui avait donné et y ajouta 56 sols pour sa part dans les frais des deux actes notariés. Ne valait-il pas mieux renoncer avant le pas décisif que d'en arriver aux tristesses de la séparation après le « oui » sacramentel ?

 

On pouvait autrefois comme maintenant se marier entre parents avec dispense de consanguinité. Pour le mariage Provost-Bobet en 1668, la dispense avait été accordée par « Le Saint Siège Apostolique ». Par la suite elle ne fut par l'Évêché du Mans. Plusieurs dispenses de cet ordre sont insérées en original dans les registres de la fin du XVIIIème siècle. Tous empêchements écartés et toutes formalités accomplies, on en arrivait à la célébration de l'union, relatée longtemps dans les actes d'après une formule du genre des deux suivantes : « Honnête garçon... fils de … et de … et honnête fille … fille de …. et de … après leur consentement mutuel par paroles de présent se sont épousés. Je leur ai donné la bénédiction nuptiale et fit la messe des épousailles ».

 

Ou encore,

« Après avoir pris leur consentement mutuel, je les ai par paroles de présent conjoint en mariage et ai dit la messe des épousailles, à laquelle leur ai donné la bénédiction nuptiale ».

 

La doctrine de l'Église sur l'indissolubilité du mariage n'a jamais variée; elle reste, malgré la loi actuelle du reconnu que certains mariages pouvaient être nuls; Les registres de Saint Denis nous en fournissent un exemple.

 

A la fin de l'année 1761, Jean Hamon, cordonnier à Ernée, mais originaire de St Denis où habitait toujours son père, avait fait la connaissance d'une servante avec qui il avait décidé de se marier; La noce eut lieu à Saint Denis le 18 février 1762.

 

Après avoir indiqué filiation et domicile des mariés, Jean Hamon, fils de Jean Hamon et de feu Suzanne Derainne, 2 ans, de la paroisse de Saint Denis et Perrine Naution, fille de feu Etienne Naution et de feu Renée Rousseau, environ 24 ans, de la paroisse de Charné-Ernée, l'acte continue ainsi : « Après les fiances et les trois publications de bans aux prônes tant de cette paroisse que de celle de Charné-Ernée, sans qu'il se soit trouvé d'opposition ni empêchement civil ne canonique venu à notre connaissance, ni à celle de Monsieur de Gruel, curé du dit Charné-Ernée suivant son certificat en date du 15 février, j'ai, curé de cette paroisse soussigné, conjoint en lieu de mariage par paroles de présent les sus dites parties, ensuite leur ai donné la bénédiction nuptiale de leur mutuel consentement. Le tout fait en présence des parents du garçon et autres qui ont déclaré tous ne savoir signer.

 

Pendant un an et demi le ménage devait vivre sans nuage. Un enfant lui était né à la fin de 1762. Rien ne pouvait faire pressentir le drame qui allait éclater le 26 juin1763. Au retour d'une promenade faite ce jour au village de la Barrière, Jean s'était arrêté chez un ami, laissant Perrine rentrer seule au logis. Quand il revint, prévenu par la voisine qu'une sœur de sa femme était là, il se disposa tout heureux de la rencontrer, à embrasser sa parente inattendue, mais il fut repoussé avec hauteur et se trouva immédiatement en butte aux invectives d'un homme qui se tenait entre Perrine et la soeur de celle-ci. Perrine est ma femme, lui déclara l'inconnu et non la tienne. « Je la reprends, personne ne l'empêchera de l'emmener et toi pas plus qu'un autre ». Et de ce fait, il sortit avec Perrine qui le suivit de bonne grâce, emportant son enfant, sans que Jean médusé y mit le moindre obstacle tous deux s'en furent à l'auberge de La Croix Blanche, où quelques heures après, on venait les arrêter d'ordre du procureur fiscal, sur la plainte du mari abandonné.

 

Au magistrat instructeur, l'homme répondit : « Je m'appelle Jean Gohard, je suis né il y à 30 ans à Raunée, près de la Guerche, en Bretagne et j'ai épousé Perrine Naution il y a 9 ans. M'étant fait faux-saulnier, j'ai été arrêté et condamné à Craon à 3 ans de fers, que j'ai subi à Brest. Dès ma libération, je me suis mis à la recherche de ma femme, originaire d'Athée près de Craon, dont j'avais reçu une lettre au cours de ma peine. Je suis heureux de l'avoir enfin retrouvée après de longues recherches et je veux la reprendre ». Interrogée à son tour, Perrine déclara : « Jean Gohard est bien mon mari, je l'ai cru mort car il n'a jamais répondu aux nombreuses lettres que je lui ai envoyées. A mon âge, je ne pouvais rester veuve; c'est pourquoi je me suis remariée ».

 

Sur ce, Perrine et son premier Jean furent conduits en prison, tandis que le deuxième Jean partait pour St Denis, afin de s'y procurer son acte de mariage réclamé par le magistrat. Ce dernier du le lire hâtivement car il y releva que Perrine s'était déclarée fille et non veuve, et avait en conséquence trompé sciemment le clergé. L'argument ne valait rien; Perrine ne s'était pas déclarée fille, mais fille de ses père et mère. Il n'empêche qu'elle avait abusé de la confiance du curé d'Ernée; elle passa en jugement. Jean Gohard étant mis hors de cause et elle fut condamné le 6 août 1763 à être attachée au carcan pendant trois jours de marché avec deux drapeaux autour d'elle et un écriteau portant : femme ayant plusieurs maris. En outre, le séjour dans la juridiction d'Ernée lui était interdit pour 9 ans.

 

Avant d'être relâchée, elle tomba malade; la prison d'Ernée était fort malsaine. Les médecins appelés à la soigner diagnostiquèrent une fièvre pourpée probablement mortelle et lui conseillèrent de se faire administrer. Les archives de Mayenne (B 1696) ne disent pas comment se termina cette histoire, ni ce qu'il advint du malheureux Jean Hamon, si odieusement trompé; L'Église ne se serait pas opposée à ce qu'il contractât une nouvelle union, même si Perrine avait survécu, puisque le registre de Saint-Denis porte en marge de l'acte du 18 février 1762, la mention : « Mariage qui a été invalidé, la fille ayant un premier mari vivant ».

 

Dans les archives de Saint Denis précieusement conservées à la mairie, j'ai relevé le nombre d'acte de mariage sur les registre de 1686 – 1786 – 1886 donc depuis trois siècles.

 

En 1686 suivant l'ordonnance de Louis XIII Roi de France et de Navarre la paroisse Saint Denis de Gastines a enregistré 29 mariages, il y eut également cette année là : 115 baptêmes, 29 sépultures d'adultes. On ne retrouve pas d'actes d'inhumation d'enfants.

 

En 1786 suivant l'ordonnance de Louis XVI, Roi de France, la paroisse a enregistré 31 mariages, 114 baptêmes, 142 sépultures (70 adultes et 72 enfants).

 

En 1886 suivant les disposition de la loi du 20 ventose en an onze la commune a enregistré 26 mariages, 75 naissances, 60 décès.

 

Source : Bulletin Municipal 1986

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